Les 15 idées reçues sur les appareils auditifs que la science permet de corriger
Les appareils auditifs restent entourés de nombreuses croyances. Ils rendraient l’oreille paresseuse, amplifieraient tous les sons sans distinction, seraient inutiles dans le bruit ou empêcheraient systématiquement le déclin cognitif.
Certaines de ces idées proviennent d’expériences réalisées avec d’anciennes générations d’appareils. D’autres mélangent des constats réels avec des conclusions excessives.
Les appareils auditifs ne réparent généralement pas les structures lésées de l’oreille interne. Ils ne permettent pas non plus de retrouver une audition parfaitement normale. Les données scientifiques montrent néanmoins qu’ils peuvent améliorer la capacité d’écoute, la qualité de vie liée à l’audition et certaines situations de communication chez de nombreux adultes présentant une perte auditive [1].
Le résultat dépend cependant de nombreux facteurs : la nature de la perte auditive, la compréhension de la parole, les environnements fréquentés, les réglages, la vérification de l’amplification, l’utilisation régulière et le suivi.
Voici quinze idées reçues analysées à partir de la littérature scientifique.
1. « Les appareils auditifs rendent l’oreille paresseuse »
Aucune preuve scientifique solide ne montre qu’un appareil correctement adapté rend l’oreille paresseuse ou provoque une dépendance physiologique.
Les pertes auditives neurosensorielles sont généralement liées à des altérations de la cochlée, du nerf auditif ou du traitement neural. Un appareil auditif ne met pas l’oreille au repos : il traite et amplifie le signal afin de rendre certaines informations plus accessibles.
Une personne habituée à porter ses appareils peut avoir l’impression d’entendre beaucoup moins lorsqu’elle les retire. Ce contraste ne démontre pas une détérioration causée par l’appareil. Il peut simplement traduire l’habituation à un environnement sonore plus riche.
La littérature décrit l’adaptation comme un processus sensoriel, pratique et psychosocial complexe. Il n’existe pas de mécanisme clinique reconnu ni de donnée démontrant cette croyance. L’étude de Dawes, Maslin et Munro (2014), souvent citée sur ce sujet, est une étude qualitative portant sur l’expérience d’adaptation avec un faible effectif ; elle n’est pas un essai clinique sur l’évolution de l’audition.
2. « Les appareils auditifs réparent l’audition »
Non. Ils compensent une partie des conséquences de la perte auditive, mais ne réparent généralement pas l’oreille interne.
Une perte auditive ne correspond pas uniquement à une réduction du volume sonore. Elle peut également affecter la résolution fréquentielle, le traitement temporel et la représentation neurale des sons.
L’amplification peut rendre certaines informations audibles, mais elle ne corrige pas toutes les distorsions provoquées par une atteinte cochléaire ou neurale. C’est pourquoi une personne peut bénéficier de ses appareils tout en conservant des difficultés, notamment dans le bruit.
3. « Les appareils amplifient tous les sons de la même façon »
Non. Les appareils numériques appliquent généralement un traitement différent selon la fréquence, l’intensité et l’environnement.
Le gain peut varier selon les bandes de fréquences et le niveau du signal entrant. La compression cherche notamment à rendre certains sons faibles plus accessibles, à maintenir les sons moyens dans une zone confortable et à limiter une amplification excessive des sons forts.
Les appareils peuvent également comporter des microphones directionnels, des traitements du bruit, des programmes, des automatismes environnementaux et des réglages différents selon la situation.
Ces fonctions ont toutefois des limites. Elles ne séparent pas parfaitement chaque voix du bruit environnant.
4. « Avec des appareils, on comprend parfaitement au restaurant »
Les appareils peuvent aider, mais ils ne garantissent pas une compréhension parfaite dans un restaurant bruyant.
Les microphones directionnels peuvent améliorer le rapport signal sur bruit lorsque la voix utile et les bruits concurrents occupent des positions favorables. Le résultat dépend de la distance avec l’interlocuteur, de sa position, de la direction des bruits, de la réverbération, du niveau sonore, de la perte auditive et du traitement utilisé.
Dans un champ sonore diffus, avec plusieurs voix venant de toutes les directions, l’avantage peut diminuer. Un microphone déporté placé près de l’interlocuteur peut parfois améliorer davantage le rapport signal sur bruit.
5. « La réduction du bruit permet de ne plus entendre le bruit »
Non. La réduction numérique du bruit ne supprime pas tous les sons environnants.
Ces algorithmes peuvent améliorer le confort et réduire la perception de certains bruits relativement stables. Ils n’améliorent pas nécessairement la compréhension de la parole dans toutes les conditions.
Certaines études suggèrent que la réduction du bruit, seule ou associée à la directivité, peut réduire l’effort d’écoute dans des situations précises, notamment lorsqu’elle est mesurée par des indicateurs physiologiques comme la pupillométrie. Les résultats dépendent du test utilisé, du rapport signal sur bruit, du type d’algorithme, de la méthode de mesure de l’effort et du profil des participants.
Il est important de distinguer trois résultats qui ne sont pas interchangeables : le confort d’écoute, la compréhension de la parole (ou intelligibilité) et l’effort d’écoute. Une amélioration du confort ou de l’effort ne se traduit pas automatiquement par une amélioration de l’intelligibilité. La réduction numérique du bruit peut améliorer le confort ou diminuer certains indicateurs d’effort sans augmenter systématiquement le nombre de mots compris.
6. « Il suffit de choisir un bon appareil : les réglages sont secondaires »
Faux. Le choix du dispositif ne remplace ni les réglages individualisés ni leur vérification.
Deux personnes ayant des audiogrammes proches peuvent présenter des conduits auditifs différents, des besoins différents, une discrimination vocale différente, des tolérances différentes et des objectifs de communication différents.
Les mesures in vivo mesurent le niveau sonore réellement délivré dans le conduit auditif, près du tympan. Elles permettent de comparer l’amplification obtenue à une cible de prescription et d’identifier des écarts qui ne seraient pas visibles à partir de la programmation logicielle seule.
L’appareil, les réglages, la vérification et le suivi forment un ensemble indissociable. Les mesures in vivo ne garantissent toutefois pas à elles seules un meilleur résultat pour chaque patient ; elles complètent le ressenti du patient et les autres évaluations.
7. « Les appareils les plus chers sont toujours plus efficaces »
Non. Une gamme plus élevée ne garantit pas automatiquement un meilleur résultat pour chaque personne.
Les appareils premium peuvent proposer davantage d’automatismes, de traitements directionnels, de programmes, de réglages fins, de connectivité et de fonctions spécialisées. Ces fonctions peuvent être utiles selon les besoins.
Toutefois, dans plusieurs essais indépendants menés par Cox, Johnson et Xu, les participants ont bénéficié aussi bien des appareils de base que des appareils premium, sans supériorité systématique des fonctions premium sur les résultats quotidiens étudiés.
Ces essais ne démontrent pas que les technologies premium sont inutiles. Ils montrent que leur avantage supplémentaire n’est pas automatique ni identique pour tous les utilisateurs. Le niveau technologique doit être mis en relation avec les besoins réels du patient.
8. « Une seule séance de réglage suffit toujours »
Non. Certaines personnes obtiennent rapidement un bon résultat, mais un suivi est souvent nécessaire.
Les premières semaines peuvent révéler des difficultés liées au confort, à la sonie, à la perception de la voix, à l’occlusion, à la manipulation, à la connectivité, aux situations bruyantes et aux attentes initiales.
L’habituation ne doit pas servir à justifier un mauvais réglage. Un son douloureux, une gêne importante ou une mauvaise compréhension persistante nécessitent une vérification. Le nombre de rendez-vous doit être individualisé.
9. « Il faut être très malentendant pour bénéficier d’un appareil »
Non. Une perte légère peut déjà entraîner des difficultés significatives.
L’audiogramme ne résume pas toutes les conséquences fonctionnelles. Une perte considérée comme légère peut affecter la compréhension dans le bruit, les réunions, les échanges à distance, la télévision, le téléphone et la participation sociale.
La revue Cochrane sur les pertes légères à modérées conclut que les appareils auditifs peuvent améliorer la capacité d’écoute et la qualité de vie spécifique à l’audition. La décision repose sur les difficultés réelles autant que sur les seuils audiométriques.
10. « Les appareils auditifs sont réservés aux personnes âgées »
Non. Une perte auditive peut concerner des adultes jeunes, des enfants et des personnes d’âge moyen.
Les causes peuvent notamment inclure des facteurs génétiques, une exposition sonore, certaines maladies, des traumatismes, des médicaments ototoxiques, des anomalies congénitales et le vieillissement.
L’indication d’un appareil dépend du besoin auditif et fonctionnel, pas de l’âge seul. L’appareillage répond à une difficulté auditive, pas à une catégorie d’âge.
11. « Si j’entends encore, je n’ai pas besoin de contrôler mon audition »
Faux. Une personne peut percevoir les voix tout en distinguant mal certains mots.
La perte auditive peut toucher davantage certaines fréquences que d’autres. Une personne peut encore entendre les voyelles et les sons graves, mais manquer des consonnes importantes pour l’intelligibilité.
Elle peut alors dire : « J’entends que l’on parle, mais je ne comprends pas. » Une évaluation audiologique ne repose pas uniquement sur la perception des sons purs. Selon la situation, elle peut comprendre une audiométrie tonale, une audiométrie vocale, une évaluation dans le bruit, une otoscopie et des mesures complémentaires.
12. « Les appareils auditifs font disparaître les acouphènes »
Ils peuvent aider certaines personnes, mais ils ne garantissent pas la disparition des acouphènes.
Chez une personne présentant simultanément une perte auditive et des acouphènes, l’amplification peut restaurer certains sons environnementaux, réduire le contraste entre l’acouphène et l’environnement, améliorer la communication et diminuer la gêne chez certains patients.
Les études restent toutefois hétérogènes. Elles diffèrent par les profils de patients, les appareils, les réglages, les questionnaires et les durées de suivi. Un essai randomisé comparant plusieurs types de dispositifs a observé des améliorations dans les différents groupes sans démontrer la supériorité nette d’un dispositif particulier.
Un bénéfice est possible, mais variable. Il ne peut être promis.
13. « Les appareils auditifs empêchent forcément la démence »
Non. Cette affirmation n’est pas démontrée.
De nombreuses études observationnelles montrent une association entre perte auditive et risque accru de déclin cognitif ou de démence. Cette association ne prouve pas à elle seule une relation causale. Les données actuelles ne permettent pas d’affirmer que les appareils auditifs empêchent la maladie d’Alzheimer ou les autres démences.
Dans l’essai randomisé ACHIEVE, l’intervention auditive n’a pas ralenti significativement le déclin cognitif dans l’ensemble de la population étudiée pendant trois ans. Une analyse préspécifiée a observé un bénéfice dans le sous-groupe de participants présentant initialement davantage de facteurs de risque. Ce résultat est important, mais ne permet pas de promettre une prévention de la démence à chaque patient.
La prise en charge auditive est pertinente pour la communication, la participation sociale et la qualité de vie. Son effet à long terme sur la prévention du déclin cognitif reste étudié et ne doit pas être présenté comme une garantie contre la démence.
La méta-analyse de Yeo et al. (2023) comprend principalement des données observationnelles ; elle ne permet donc pas d’établir une causalité définitive.
14. « Les appareils fonctionnent de la même manière pour tout le monde »
Non. Les résultats varient fortement entre les personnes.
Le résultat peut dépendre du type de perte auditive, de son degré, de la discrimination de la parole, des capacités cognitives, de la dextérité, de la vision, des environnements fréquentés, de la motivation, des attentes, des réglages, de la vérification et de la régularité d’utilisation.
Un même appareil et un même réglage théorique ne produisent donc pas nécessairement le même résultat chez deux patients. La prise en charge doit être individualisée. La cognition est un facteur potentiel parmi d’autres, et non le seul déterminant.
15. « Porter deux appareils ne sert à rien lorsqu’on entend des deux côtés »
Lorsqu’une perte auditive touche les deux oreilles, un appareillage bilatéral peut apporter des avantages, mais la recommandation doit être individualisée.
Les deux oreilles contribuent notamment à l’accès aux sons provenant de chaque côté, à la perception spatiale, à la localisation et à certains mécanismes de compréhension dans le bruit. Des études rapportent des bénéfices subjectifs ou fonctionnels chez certains utilisateurs bilatéraux.
Cependant, les données comparatives disponibles ne permettent pas d’affirmer que deux appareils sont systématiquement préférables dans toutes les situations. L’étude de Noble et collaborateurs (2011) est observationnelle et ne démontre pas à elle seule une causalité.
La recommandation peut être modifiée par une asymétrie importante, une très mauvaise discrimination d’une oreille, une intolérance, une pathologie particulière, ou les besoins et préférences du patient. Deux appareils ne sont pas automatiquement préférables dans tous les profils.
Ce que la science permet réellement d’affirmer
Conclusions relativement solides
- Les appareils auditifs peuvent améliorer la capacité d’écoute et la qualité de vie liée à l’audition chez les adultes présentant une perte légère à modérée [1].
- Ils ne restaurent pas une audition normale [2].
- Le réglage et la vérification participent à la qualité de l’adaptation [14].
- Les technologies directionnelles peuvent améliorer le rapport signal sur bruit dans certaines configurations [4].
Conclusions à nuancer
- Les fonctions premium ne produisent pas systématiquement un bénéfice supplémentaire mesurable chez tous les utilisateurs [5], [6], [7].
- La réduction du bruit peut améliorer le confort sans améliorer systématiquement l’intelligibilité.
- Les appareils peuvent réduire la gêne liée aux acouphènes chez certains patients, sans garantie [9], [10].
- Le bénéfice d’un appareillage bilatéral dépend du profil auditif et des besoins [13].
Questions fréquentes
Références scientifiques
1. Ferguson, M. A., Kitterick, P. T., Chong, L. Y., Edmondson-Jones, M., Barker, F., & Hoare, D. J. (2017). Hearing aids for mild to moderate hearing loss in adults. Cochrane Database of Systematic Reviews, 2017(9), CD012023.
2. Lesica, N. A. (2018). Why do hearing aids fail to restore normal auditory perception? Trends in Neurosciences, 41(4), 174–185.
3. Dawes, P., Maslin, M., & Munro, K. J. (2014). “Getting used to” hearing aids from the perspective of adult hearing-aid users. International Journal of Audiology, 53(12), 861–870.
4. Amlani, A. M. (2001). Efficacy of directional microphone hearing aids: a meta-analytic perspective. Journal of the American Academy of Audiology, 12(4), 193–201.
5. Cox, R. M., Johnson, J. A., & Xu, J. (2014). Impact of advanced hearing aid technology on speech understanding for older listeners with mild to moderate, adult-onset, sensorineural hearing loss. Gerontology, 60(6), 557–568.
6. Cox, R. M., Johnson, J. A., & Xu, J. (2016). Impact of hearing aid technology on outcomes in daily life I: The patients’ perspective. Ear and Hearing, 37(4), e224–e237.
7. Johnson, J. A., Xu, J., & Cox, R. M. (2016). Impact of hearing aid technology on outcomes in daily life II: Speech understanding and listening effort. Ear and Hearing, 37(5), 529–540.
8. Timmer, B. H. B., Hickson, L., & Launer, S. (2015). Adults with mild hearing impairment: Are we meeting the challenge? International Journal of Audiology, 54(11), 786–795.
9. Waechter, S., & Jönsson, A. (2021). Hearing aid fitting in tinnitus: A scoping review of methodological aspects and research findings. Journal of Clinical Medicine, 10(13), 2896.
10. Henry, J. A., Frederick, M., Sell, S., Perhia, J., Theodoroff, S., & Vash, T. (2017). Tinnitus management: Randomized controlled trial comparing extended-wear hearing aids, conventional hearing aids, and combination instruments. Journal of the American Academy of Audiology, 28(6), 466–489.
11. Lin, F. R., Pike, J. R., Albert, M. S., et al. (2023). Hearing intervention versus health education control to reduce cognitive decline in older adults with hearing loss in the USA: The ACHIEVE multicentre, randomised controlled trial. The Lancet, 402(10404), 786–797.
12. Yeo, B. S. Y., Song, H. J. J. D., Toh, E. M. S., Ng, L. S., Ho, C. S., Tan, M. L., et al. (2023). Association of hearing aids and cochlear implants with cognitive decline and dementia: A systematic review and meta-analysis. JAMA Neurology, 80(2), 134–141.
13. Noble, W., Tyler, R., Bhullar, N., & Wilson, A. (2011). Everyday hearing functioning in unilateral versus bilateral hearing aid users. Ear and Hearing, 32(4), 487–496.
14. Swan, I. R. C., & Gatehouse, S. (1995). The value of routine in-the-ear measurement of hearing aid gain. British Journal of Audiology, 29(4), 221–230.
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